Des prescriptions artistiques pour la santé mentale
« L'art est une garantie de santé mentale »
Louise Bourgeois

Fabriquer un costume-abri, danser face aux œuvres, dessiner un monstre kafkaïen, chaque nouvelle session est une aventure pour les personnes qui prennent part au programme d’Art sur ordonnance. Pendant plusieurs semaines, ils poussent les portes du MO.CO. non pas comme patients, mais comme participants, aux côtés d’artistes.
En 2022, MO.CO. Montpellier Contemporain et le Département d’Urgences et Post-Urgences Psychiatriques (DUPUP) du CHU de Montpellier inauguraient un projet partenarial inédit en France pour prescrire de l'art à des patients présentant des troubles de la santé mentale.
Ce projet repose sur la conviction commune, d'autant plus forte après la pandémie de Covid, de l'urgente nécessité de sensibiliser aux avantages de l'engagement artistique pour la santé.
Depuis le début du XIXe siècle, la recherche scientifique démontre les effets bénéfiques des arts sur la santé. Compte tenu des niveaux actuels de détresse psychosociale dans la société, il semble crucial d’engager nos concitoyens à participer à des activités créatives pour assurer la promotion du bien-être, de la santé et du capital social.
En cinq ans, le programme, qui propose une sensibilisation à l'art mêlant visites des expositions et ateliers de pratiques artistiques conçus par des artistes, s'est développé et ouvert aux services du Pôle Psychiatrie, Pédopsychiatrie et Addictologie du CHU et à de nombreux partenaires. Le projet a essaimé bien au-delà de Montpellier : il est aujourd'hui présenté et étudié comme modèle dans plusieurs villes en France et en Europe.
Depuis 2022
+ de 300 participants
12 sessions de création
17 capsules artistiques
19 artistes invités
Dans les deux centres d'art du MO.CO.
Qu’est-ce que L’Art sur ordonnance au MO.CO.?
C’est un programme complet mêlant rencontres avec les œuvres et les artistes, visites des expositions et ateliers de pratiques artistiques conçus spécifiquement par des artistes invités et s’appuyant sur la programmation du MO.CO.
Les équipes soignantes proposent le parcours à leurs patients en complément du soin, jamais à sa place. Il se déroule dans les centres d’art du MO.CO., au cœur de la ville, ces lieux culturels pensés comme des lieux de vie incluant des cafés-restaurants, une résidence étudiante, une librairie, un jardin, un patio sont des éléments clés dans ce processus car ils ne sont pas associés à la maladie.
Les participants y sont avant tout des personnes qui créent. Ils sont accompagnés durant toute la durée du programme par l’équipe du service des publics du MO.CO., qui mène par ailleurs, depuis longtemps de nombreuses actions adaptées et à la carte, à destination des publics du champ social et médico-social.
Des études scientifiques autour du projet
Le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) de 2019 indique que l’engagement artistique et la participation à des activités créatives procurent un large éventail de bénéfices : la promotion du bien- être, de la qualité de vie, de la santé physique et mentale et du capital social. D’ailleurs, tout au long de l’histoire, les êtres humaines ont utilisé des images, des histoires, des danses et des chants comme rituels de guérison et de soulagement. Pourtant, faire de l’art ne va pas de soi et son développement peut être soit étouffé, soit cultivé par toute une série de facteurs culturels et sociétaux.
Puisque la santé d’un individu est principalement déterminée par une série de facteurs sociaux, économiques et environnementaux, la prescription sociale s’efforce de répondre aux différents besoins de l’individu d’une manière holistique. Dans ce cadre se développent des programmes d’Art sur Ordonnance depuis 30 ans en Grande-Bretagne, dont l’objectif est de compléter les thérapies conventionnelles pour aider ces personnes à se rétablir grâce à leur créativité et à l’engagement social.
Déjà étudié et expérimenté au Canada (initié en 2018 par le musée des Beaux-Arts de Montréal où les professionnels de santé peuvent prescrire jusqu’à 50 visites de musées par an à leurs patients), au Royaume-Uni et plus récemment en Belgique, ce dispositif s’appuie sur les études qui démontrent que la pratique artistique joue un rôle dans la prévention des problèmes mentaux et la promotion de la santé, du bien-être et de la cohésion sociale.
Après l’étude observationnelle de suivi réalisée par le DUPUP du CHU en 2022 et 2023, une nouvelle étude démarrera en 2027. L’objectif est de mesurer et d’évaluer l’impact de l’intervention artistique sur le bien-être des patients, la qualité de vie et les changements de l’anxiété et de la dépression.
« Un excellent moment de détente, de déconnexion mentale et totale avec le quotidien, un moment d'échange avec les autres, de partage, un plaisir de produire quelque chose plus ou moins abouti mais très gratifiant, le plaisir de découvrir des techniques inconnues auparavant. »
— Christel
« Pendant ces ateliers j’exerce mon plein potentiel artistique sans limite, sans jugement, sans exigence. Et cette liberté me donne confiance en moi. »
— Claire Emmanuelle

Une collaboration inédite
UNE STRUCTURE CULTURELLE / MO.CO. Montpellier Contemporain
Écosystème artistique unique qui va de la formation jusqu’à la collection, en passant par la production, l’exposition et la médiation, par la réunion d’une école d’art et de deux centres d’art contemporain :
le MO.CO. Esba (École Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier), le MO.CO. Panacée (laboratoire de la création contemporaine) et le MO.CO. (espace dédié à des expositions d’envergure internationale).
UN ÉTABLISSEMENT DE SANTÉ / Le CHU de Montpellier
Le CHU de Montpellier est engagé depuis une dizaine d’années dans une démarche active de développement de l’action culturelle au bénéfice des patients en priorité, de leurs familles, des personnels et plus généralement des usagers de l’établissement pour favoriser l’ouverture et la mixité des publics.
Son Pôle Psychiatrie, Pédopsychiatrie et Addictologie, centre d'excellence régional installé à l'hôpital La Colombière, est le partenaire du programme. Le projet est porté avec le Fonds Guilhem, qui soutient les initiatives culturelles du CHU.
DES ARTISTES INTERVENANTS
2022
Bianca Bondi, plasticienne
(Johannesburg, Afrique du Sud, 1986)
Diplômée de l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy et formée aux sciences physiques et aux mathématiques, elle puise dans les sciences les ressorts de sa pratique. Ses œuvres activent ou élèvent des objets banals par des réactions chimiques. Passionnée par l'écologie et les sciences occultes, elle les combine dans des installations évolutives, souvent spécifiques au site.
Pour cette première session du programme de l’Art sur ordonnance, Bianca Bondi s’est inspirée du scrying, une ancienne méthode de divination qui consiste à contempler une surface réfléchissante pour recevoir des visions. Elle évoque cette pratique dans ses œuvres à travers la présence de bassins d’eau salée. L’artiste a animé des méditations via une boule de cristal suivies d’ateliers de peinture à l’aquarelle pour dessiner les visions issues des méditations..
Anne Lopez, chorégraphe, metteuse en scène
(Paris, France, 1972)
Formée à la danse à Uzès puis au Conservatoire à rayonnement régional de Montpellier, elle collabore comme interprète avec plusieurs chorégraphes, dont Yann Lheureux, Laurent Pichaud et Mathilde Monnier. Elle fonde en 1994 la compagnie Les Gens du Quai avec François Lopez.
Anne Lopez a mené un atelier de pratique chorégraphique face aux œuvres. La démarche de l’artiste est remise en jeu à chaque nouveau projet, mais chacune de ses pièces se construit à travers des partitions de consignes et de gestes qu’elle traduit ensuite en forme, évolution spatiale et rythme. Elle les nomme, les numérote, les dessine. Les participants ont été invités à interpréter ces partitions dans l’exposition Trans(m)issions.
Suzy Lelièvre, plasticienne
(1981)
Diplômée des écoles d'art de Nîmes et de Lyon, les œuvres de Suzy Lelièvre explorent les frontières entre sculpture, design et mathématiques. Elle s'empare d'objets et de formes génériques du quotidien pour interroger leur fonctionnalité, en les soumettant à des protocoles de déformation fondés sur la géométrie et la topologie.
En écho aux œuvres de l’exposition présentée à la Panacée, Suzy Lelièvre a proposé aux participants de créer des sculptures à partir de matières malléables, fluides ou granulaires, comme l’argile, la cire, le plâtre ou le sable. L’occasion de découvrir des gestes techniques et des qualités plastiques pour comprendre différentes logiques de modelage, de moulage ou de coulage.
2023
Valérie du Chéné, plasticienne
(Paris, France, 1974)
Diplômée de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, son travail prend des formes variées (peinture, sculpture, dessin, installations in situ) et s'articule autour de la rencontre avec l'autre et avec l'espace.
Durant cette session, les participants ont pris part à une exploration méditative de la couleur. Chaque séance a été l'occasion d'inventer des teintes, de leur trouver des noms. Ils ont peint des pierres rapportées par l'artiste et créé un nuancier collectif. Une vidéo et une édition témoignent de cette exploration.
Alba Sagols, plasticienne
(Toulouse, France, 1991)
Diplômée de l'École supérieure des beaux-arts de Montpellier, Alba Sagols s’inscrit dans une démarche d’artiste chercheur. Elle organise ses recherches de manière protocolaire, passant d’abord par la collecte de prélèvements. Es échantillons sonores, visuels et matériels forment un atlas protéiforme qui se réorganise en permanence.
L'artiste a partagé avec le groupe un projet de recherche autour de la création d'œuvres à jouer. Les participants ont créé, individuellement ou collectivement, des plateaux-paysages. Un événement d'activation de ces objets transportables a été proposé à la fin des ateliers.
2024
Jimmy Richer, plasticien
(Montpellier, France, 1989)
Diplômé de l'École supérieure des beaux-arts de Montpellier, Le travail de Jimmy Richer embrasse le dessin sous toutes ses formes : papier, fresque ou installation. Sans hiérarchie entre ces supports, il fait dialoguer culture antique, science-fiction, iconographie médiévale, bande dessinée et tarots anciens.
En partant du principe de paracosme, l'artiste a proposé aux participants de créer une micro-édition collective. À la lecture d'extraits de livres comme La Chasse au Snark de Lewis Carroll et à partir d'exercices de dessin renouvelés à chaque séance, les participants ont imaginé leur monde imaginaire : sa faune, sa flore, sa cartographie. L'ensemble forme un recueil mêlant textes, dessins et alphabet secret.
Naomi Maury, plasticienne
(Bédarieux, France, 1991)
Diplômée de l'École supérieure d'art d'Annecy, Naomi Maury réalise ce qu'elle nomme des « familles de sculptures » et des environnements sensoriels immersifs, qui associent matériaux naturels et artificiels. Autour de la figure du cyborg, elle défend une coexistence coopérative entre espèces humaines et non humaines.
L'artiste a proposé un atelier Costume / Sculpture / Armure / Abri. Les participants ont expérimenté différentes matières et techniques pour créer une sculpture à porter. Les costumes-sculptures sont des cocons pour se protéger, des abris pour se reposer, méditer. Ils sont conçus pour une ou plusieurs personnes et peuvent être portés ou exposés.
2025
Pierre Unal-Brunet, plasticien
(Lyon, France, 1993)
Diplômé de l'ESAD Saint-Étienne, Pierre Unal-Brunet glane objets de récupération, débris et éléments naturels, notamment sur des zones de récolte aquatiques, et les assemble par boutures, greffes et collages en sculptures hybrides. Ces « êtres-objets » peuplent des installations mêlant peintures, sculptures et dessins, nourries de biologie spéculative et de récits fantastiques.
À l'occasion de son exposition présentée à La Panacée, l'artiste a proposé un atelier de dessin en noir & blanc à partir d'Odradek, une créature issue du bestiaire de Kafka. Les participants ont imaginé leur monstre étrange et biscornu en utilisant encre de Chine, mine de plomb et fusain.
Léo Fourdrinier, plasticien
(Paris, France, 1992)
Après une formation au conservatoire d'art dramatique de Nîmes et des études de littérature, Léo Fourdrinier est diplômé de l'École supérieure d'arts et médias de Caen/Cherbourg. Ses sculptures et installations puisent dans la mythologie, l'archéologie, la science et la culture populaire, et associent formes classiques, objets récupérés et matériaux artisanaux ou industriels.
L'artiste a proposé au groupe de réaliser un « historien du futur » en écho aux sculptures présentées dans son exposition. Individuellement ou en groupe, les participants ont créé diverses parties du personnage avec des médiums et techniques variés : tissu, couture, collage, réemploi de vêtements et d'objets, peinture, plâtre.
Ève Laroche-Joubert, plasticienne
(Nancy, France, 1975)
Artiste franco-américaine, diplômée de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et de l'école Olivier de Serres, elle œuvre à l'intersection de la sculpture, de la performance, de la danse, de l'architecture et du design. Ses sculptures biomorphiques et cinétiques, jouant de poids et de contrepoids, explore le lien entre corps et esprit.
Pour le programme, les participants ont exploré les sens et la proprioception. Ils ont créé de petites sculptures jouant sur l'équilibre et se sont ensuite mis en scène avec ces éléments le temps d'une séance photo.
Dagô R., performeur et chorégraphe
Performeur et chorégraphe brésilien basé en France, Dagô est diplômé en arts visuels (UnB, Brasília), titulaire d'un master en création artistique, arts de la scène (UGA, Grenoble) et du master exerce (ICI-CCN Montpellier / Université Paul-Valéry, Il envisage le corps comme un médium où se croisent identité, vulnérabilité et altérité, et fait dialoguer mouvement, dessin et écriture.
S'il est impossible de s'échapper de soi, laisser l'Autre nous habiter est un moyen de se connaître autrement. C'est dans cette optique que Dagô R. a partagé quelques-unes des stratégies qu'il développe depuis 2019 pour laisser l'environnement habiter le corps, et pour que la rencontre avec l'extérieur le transforme et le mette en mouvement. À chaque rendez-vous, les participants ont expérimenté des gestes à partir de ces imaginaires de l'altérité, au contact des œuvres de Françoise Pétrovitch et du groupe.
Chloé Viton, plasticienne
(Dijon, France, 1987)
Diplômée de l'École supérieure des beaux-arts de Montpellier, Chloé Viton mobilise sculpture, dessin, costumes, installation et performance pour relier récits inconscients, sciences naturelles, nouvelles cosmogonies et croyances mythologiques. Ses œuvres, souvent activées par des performances, prennent la forme de créatures et de tableaux mystérieux.
En résonance avec l'univers mythologique et élémentaire de Jean-Marie Appriou, l'artiste a proposé aux participants de créer une créature en volume, au moyen du textile et d'autres matériaux, en s'inspirant des récits, des métamorphoses et des imaginaires partagés.
Et parce que l'art n'a pas besoin d'ordonnance, le programme comprend aussi des rendez-vous ouverts à toutes et tous.
Les capsules artistiques
En complément des sessions de création avec des artistes invités, des ateliers de pratique pour les adultes sont proposés deux à trois fois par mois les samedis matin. Ces ateliers de trois heures sont ouverts à toutes et tous sans autre objectif que celui de partager un moment de création dans une ambiance chaleureuse et bienveillante. Nul besoin de savoir dessiner, peindre, sculpter mais seulement l’envie de faire et de lâcher prise.
Les journées Art et mieux-être
Programmées une fois par exposition, ces journées sont l’occasion de découvrir les 1001 façons de rencontrer l’art, les œuvres et les artistes. Afin de s’adapter à la sensibilité de chacun et de chacune, plusieurs activités sont proposées tout au long de la journée pour découvrir les expositions autrement.
Ces deux formats s’appuient sur ce que plusieurs études convergent à montrer : même brève et sans visée thérapeutique, la pratique artistique agit sur l’anxiété et le stress, et ouvre un espace où l’on n’est pas patient.
Équipes
MO.CO. Montpellier Contemporain
Numa Hambursin, directeur général
Delphine Goutes, directrice de la coordination générale et développement des partenariats
Stéphanie Delpeuch, directrice des publics
Charlotte Winling, chargée de projets champ social, médico-social, inclusion
CHU Montpellier
Anne Ferrer, directrice générale du CHU de Montpellier
Delphine Capdevielle cheffe du pôle Psychiatrie, Pédopsychiatrie et Addictologie du CHU de Montpellier
Pierre-Jean Cognat, président du Fonds Guilhem et secrétaire général du CHU de Montpellier
Laura Kinselle, responsable Mécénat et Culture et coordinatrice du développement du Fonds Guilhem
Télécharger le dossier de presse du projet
A voir :
