A voir en accès libre dans le patio du MO.CO. Panacée 

Elsa Sahal

Cet été, MO.CO. présente l’œuvre exceptionnelle de l’artiste Elsa Sahal dans la fontaine du patio de la Panacée.

La figure de la déesse romaine de l’amour et de la beauté féminine, Vénus, est associée dans la fontaine en céramique d’Elsa Sahal au savoir, polymathe donc, et au plaisir de la jouissance. L’assemblage de ces attributs indiqués dans le titre de la sculpture émaillée évoque des registres différents de charmes. La séduction opère également au niveau des formes et des couleurs de ce totem. Il est dégoulinant d’une glaçure rose, blanc, paillette et composé à la fois de nombreux seins généreux dont les tétons apparaissent comme les yeux multiples, ainsi que d’une vulve abondante, écrin d’un clitoris doré. Pourrions-nous considérer alors cette sculpture comme objet magique, c’est-à-dire protecteur des individus appartenant à un groupe ? Quoi qu’il en soit, la sculpture rayonne de l’énergie de l’empowerment et de l’autoguérissons par l’évocation de l’expérience intime du corps féminin. La fontaine s’inscrit dans la série de nombreuses sculptures représentant les seins ou la figure de Vénus même dans le corpus d’œuvres de l’artiste (pour ne citer que quelques-unes : Vénus, 2014, Galerie Papillon, Paris ; L’Alanguie, 2019, FIAC, Paris ; Vénus au mûr, 2020, The Pill, Istanbul ; Nichonesque 1-4, 2020, The Pill, Istanbul).

 

Pratique de l’artiste

Tirant profit de la perméabilité, de la morosité et de la capacité de transformation du matériau, Elsa Sahal travaille durablement avec les pains de terre. Ses sculptures en céramique traduisent la sensualité des éléments qui les constituent : la terre, l’humidité, l’empreinte du corps modelant, des couleurs et des textures y appliquées. Elles sont mises à l’épreuve par le feu et se raniment grâce à l’usage des émaux en fin de processus de production.

Évocation du sentiment du corps, ses assemblages de formes fragmentaires mono- ou polychrome, brillant ou matte, constituent une grammaire joyeuse. Ses sculptures opèrent sur le domaine de la corporéité féminine dans ses dimensions les plus intimes pour contester l’objectivation perpétuée au corps des femmes en tant qu’objet de désir et de fertilité. C’est par le biais de l’ironie qu’Elsa Sahal remet en cause l’injonction adressée aux femmes de devenir et demeurer des corps sexuels et maternels à disposition.

 

Biographie

Née en 1975 à Bagnolet. Vit et travaille à Paris. 

Représentée par

Elsa Sahal est une sculptrice basée à Paris connue pour ses œuvres céramiques évoquant des formes organiques qui bouleversent la représentation du genre et de la sexualité par l’énigme de la morphologie. Diplômée de l'École Nationale des Beaux-Arts de Paris en 2000, elle est lauréate de nombreux prix et résidences, dont le prix Georges Coulon de sculpture, décerné par l'Institut de France (2013) et la Manufacture nationale de Sévres (2007-08). Elle a enseigné à l'École nationale supérieure de l'ENSAV, à Versailles, à l'École des arts décoratifs de Strasbourg et à Alfred University New York State College of Ceramic.

Elsa Sahal a également présenté de nombreuses expositions tant au niveau national qu'international, notamment au Museum of Art and Design, New York (2013), au National Museum of Women in the arts, Washington DC (2018), au Bonnenfantenmuseum (2016), Maastricht et à la Monnaie de Paris (2017). Ces œuvres sont entrées dans les collections publiques du Cnap (2009, 2020), du FMAC (2017) et du Frac Normandie Caen (2021).

La galerie Setareh présente son exposition personnelle à Berlin en septembre 2021, ainsi que la galerie Papillon de Paris en octobre 2021. Elle participe également au courant de l’automne prochain à l’exposition collective intitulée Les Flammes au Musée d’art moderne de Paris.

 

Paroles d’artiste 

« Ce que dit cette sculpture, ce jet interminable parce que continu est une manière ironique de dire que le mouvement des femmes, ça prend du temps, il faut insister, c’est permanent, même s’il y a de l’hostilité, il faut garder l’espoir, justement, l’enfantement pour que l’égalité entre les hommes et les femmes s’installe dans le temps, c’est un combat qui demande du temps, il faut continuer. »

En parlant de Fontaine de 2012 sur https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-culture/elsa-sahal-sculptrice-du-genre

 

« Je travaille en fait la terre à partir de plaques, j’étire des pains de terre et je construis du volume autour du vide. J’ai construit un peu comme un patron de vêtement, donc à partir de plaque de plâtre que je découpe, que j’assemble. La terre est un matériau chargé d’humidité qui sèche et qui durcit.  Il y a quelque chose d’assez organique : si la terre n’est pas suffisamment ferme, elle va s’affaler, il faut trouver le bon timing.

J’aime bien réagir aussi à ce que la terre propose comme pli, comme affaissement ou comme rigidité.

La terre, c’est déjà du corps. Il y a quelque chose très automorphique dans le matériau, quelque chose de très physique, qui induit une iconographie, aussi un registre que moi je développe sur le corps, le genre, la sexualité, c’est presque un peu contenu dans le matériau.

Moi, j’ai commencé à travailler la céramique il y a longtemps, une vingtaine d’année maintenant, puis j’ai utilisé ce matériau à une époque où il n’était pas considéré comme un matériau possible dans le champ de l’art contemporain, et puis en fait ç’a évolué. Ç’a fait son chemin. C’est un matériau qui fait le grand écart entre quelque chose qui vraiment presque abjecte, qui est la terre comme de la merdre, un matériau très sale et qui fait le grand écart jusqu’à la porcelaine de Limoges. C’est vraiment un matériau qui peut jouer sur plein de registres et qui se transforme beaucoup, qui se prête au changement des états de matières, c’est-à-dire que la terre est organique et quand elle subit l’épreuve du feu, elle devient minérale. La couche d’émail ou la couche de couleur est comme une peau supplémentaire qui vient napper la forme en terre. [...]

Je pense qu’il y a besoin de répondre la violence par la violence. [...]

La terre est un matériau qu’on peut toujours reprêter, on peut toujours recycler. C’est un matériau contemporain. Un matériau indispensable par sa perméabilité, sa morosité, sa capacité à se transformer. »

Source : https://nathaliekarg.com/wp-content/uploads/2018/10/final-6009e5b4cac6e6007db426d0-504201-with-subtitles.mp4

 

« J’ai adopté la terre tout de suite parce que c’est un matériau domestique, non autoritaire ; Je n’aime pas la virtuosité technique, la séduction qu’elle exerce, la fascination de la maîtrise, qui freine la liberté. Le corps est inséparable de ce matériau. Comme si la terre était déjà du corps. […] La terre est le matériau récurrent de mes réalisations dans le champ de la sculpture et de l’installation. J’interroge ce matériau traditionnel et j’y insuffle une énergie et des préoccupations contemporaines. Tout mon parcours en tant qu’artiste a toujours tendu à mettre en valeur la contemporanéité de la céramique pour la placer au cœur de l’art d’aujourd’hui. Je cherche à exploiter ses possibilités et ses limites. C’est un matériau sensible, lié à la sensualité, au toucher. »

Source : http://galeriepapillonparis.com/?biographie/Sahal&navlang=fr

 

« Je ne cherche pas à représenter le corps, il s’agit plutôt d’évocations du sentiment du corps. »

Source : https://www.atelierdesevres.com/actualites/parcours-de-creation-elsa-sahal-sculptrice

 

Description de l’œuvre

Vénus polymathe jouissante, 2019
Céramique émaillée, système hydraulique
170 x 65 x 65 cm